vendredi 16 mai 2008

Architecture "streamline" à Bukavu

La ville de Bukavu a connu une forte expansion dans les années 30 et 40 et cette période correspond justement au développement d’un nouveau style d’architecture à l’échelle internationale. Ce courant, souvent appelé « streamline moderne », est en quelque sorte la dernière manifestation du style « art déco » en architecture. Ses principales caractéristiques incluent l’utilisation de formes courbes, de lignes horizontales allongées et parfois d’éléments à connotation nautique, tels que hublots et garde-fous tubulaires. Mentionnons qu’il a aussi connu une certaine popularité dans la conception des appareils domestiques (tels que radios, aspirateurs ou machines à coudre), des véhicules (la fameuse roulotte Airstream) et dans la décoration intérieure. Ce style a connu son apogée à l’Exposition universelle de Paris en 1937. Le pavillon de la Belgique en particulier s’inscrivait dans cette tendance. Celui-ci avait été conçu par le grand architecte Henri Van de Velde, un des pionniers de l’art nouveau à Bruxelles. C’était une construction basse de forme géométrique simple et aux surfaces planes. Les lignes horizontales des fenêtres, et la projection centrale de la construction en demi-cercle avec sa longue marquise accentuaient le caractère « streamline » du bâtiment. Les réactions des critiques d'architecture furent cependant mitigées.
Ce pavillon a pu servir d’inspiration à de nombreuses constructions en Belgique et dans ses colonies africaines (Congo et Rwanda-Urundi). On peut encore observer à Bukavu (et aussi à Bujumbura) plusieurs exemples qui subsistent de ce style particulier. On remarquera par exemple cette élégante station-service (ci-haut). Ce sont généralement des bâtiments administratifs ou commerciaux. Ils se trouvent dans les anciens quartiers de l’agglomération, en particulier à La Botte et sur la rue principale qui traverse toute la ville (ancienne avenue Royale). Des photographies anciennes nous permettent souvent de bien les distinguer. On remarquera leurs éléments décoratifs à l’horizontale, les surfaces planes, les marquises ou brise-soleil importants et des volumes arrondis en façade. Ces bâtiments devaient donner un caractère tout à fait particulier à la ville dans les années 30 et 40, en accord avec son caractère lacustre sur la rive du Kivu. Il faut dire que la ville a connu un essor remarquable durant cette époque, puisque les Belges ne pouvaient pas retourner dans leur patrie à cause de la guerre. Ils choisirent alors une villégiature au Kivu et construisirent beaucoup de résidences secondaires agrémentées de magnifiques jardins. On m’a informé récemment que Bukavu avait été élue dans les années 50 la plus belle ville d’Afrique. Certains aspects stylistiques rappellent même un peu Asmara, la capitale de l’Érythrée, avec son architecture « futuriste » d’origine italienne. Malheureusement plusieurs édifices ont été modifiés à travers les années et leur caractère fortement altéré. Ici bas un mur de brique masque presque complètement la façade de l'un d'eux.Certains n’ont connu aucun entretien et sont en fort mauvais état. Tel celui-ci, un étrange bâtiment semi-circulaire qui a semble-t-il servi d'hôtel durant l'époque coloniale. Je serais bien curieux d'en visiter l'intérieur...
Et plusieurs autres ont été tout simplement démolis ou laissés à l’abandon. Vous pourrez néanmoins observer ici quelques « survivants » de cette belle époque. Admirez par exemple les multiples baies vitrées et les volumes de cet intéressant immeuble.

1 commentaires:

farfadet a dit…

Je vous félicite chaleureusement pour votre site et votre reportage sur Bukavu ! J'ai eu la chance de vivre dans cette ville entre 1952 et 1960, c'était, à mon avis, l'une des plus belles, sinon la plus belle, des villes du Congo. Le bâtiment semi-circulaire, que vous montrez en avant-dernier lieu et dont vous aimeriez visiter l'intérieur, s'appelait " La Rotonde " et était un hôtel- restaurant réputé de la ville, situé avenue du Régent et dont l'avenue Royale était la continuation. J'ai aussi été fort ému en découvrant votre première photo, prise au centre névralgique de Bukavu, et qui donne une fort bonne idée de ce qu'était la circulation automobile au milieu des années 50 dans l'artère principale de la ville. Encore bravo et merci !