
Si mon voyage aller vers l’Afrique du Sud s’est déroulé tel que prévu, le retour n’a pas été sans péripéties. Pas de problèmes sur le vol de Cape Town à Johannesburg (South African Airlines) mais déjà un retard à l’embarquement sur celui vers Bujumbura et Kigali (Rwandair Express). Cela me laisse un plus de temps pour acheter du vin à la boutique hors taxes, ceci pour remplacer les bonnes bouteilles transportées de Cape Town que j’ai dû abandonner aux agents de sécurité de l’aéroport de Johannesburg. J’avais en effet oublié qu’on ne pouvait pas embarquer sur un vol international avec plus de 100 ml de liquide, même du vin local tout à fait inoffensif. L’Afrique du Sud est probablement le seul pays de ce continent à respecter cette consigne (malheureusement!).
Nous sommes finalement assis dans l’avion avec environ une heure de retard. Bien installé, je peux alors observer par mon hublot que le capot du moteur situé juste à coté de moi est ouvert et qu’on s’active à vérifier quelque chose. Voilà qui n’est pas de bon augure! On annoncera en effet bientôt que le vol est encore retardé d’environ une heure, pour cause de problème mécanique. Une heure passe, et bientôt deux. Il a fallu faire venir une pièce de l’entrepôt. Je surveille toujours l’évolution de la réparation. Finalement il semble que l’on va pouvoir décoller. L’avion s’avance vers la piste, s’immobilise… pour finalement virer de bord et revenir au point d’embarquement. Il fait très chaud à Johannesburg et il paraît que l’avion n’a pas la portance nécessaire pour le décollage (!).
On nous propose alors de décharger les bagages et de partir sans ceux-ci. Les gens protestent et l’agent de Rwandair suggère de passer au vote: soit décoller sans les bagages ou passer la nuit à Johannesburg et quitter le lendemain matin. C’est bien la première fois que l’on me demande de voter dans un avion. La situation est assez loufoque. Finalement la confusion est totale, la moitié des passagers voulant partir tout de suite et l’autre (dont moi) ne voulant pas abandonner ses bagages (qui seraient envoyés via Nairobi, on ne sait pas trop quand). Il est enfin décidé d’évacuer l’avion pour un départ le lendemain matin. Mais dès l’entrée dans l’aérogare on nous informe qu’un autre avion a été trouvé et qu’on partira deux heures plus tard. Il faut cependant repasser par l’immigration et se réenregistrer au guichet des départs. Ce n’est finalement que vers minuit que le nouvel avion (un B-737 tout à fait semblable) sera prêt à décoller avec bagages et passagers. On nous apprend cependant que nous ne ferons pas escale à Bujumbura (où m’attend le chauffeur) mais que nous irons directement à Kigali. On nous promet une chambre d’hôtel à l’arrivée et un vol le lendemain matin.

3 heures et demie plus tard, fatigués et plutôt affamés (car on n’a pas embarqué les plateaux-repas sur cet avion – seulement quelques sacs de chips et des jus) nous atterrissons à Kigali, en pleine nuit. Récupération des bagages et transport vers l’Hôtel des Mille Collines où on espère trouver quelque repos (et repas). Malheureusement ce bel hôtel, qui a joué un rôle prédominant lors du génocide (ref. les films Hôtel Rwanda et Un dimanche à Kigali) est plein et archi-plein. Même les gens sur notre vol qui avaient des réservations ne trouvent pas de chambres disponibles. On s’installe donc comme on peu dans le lobby et je décide de faire une promenade dans les jardins et autour de la piscine (la fameuse piscine du livre et du film), en attendant l’ouverture du restaurant pour le petit déjeuner. Cela me permet de faire la connaissance de quelques Mauriciens fort sympathiques. J’en profite aussi pour appeler IRC Bukavu pour qu’ils informent le chauffeur à Bujumbura de mon arrivée dans quelques heures.

Vers 6:00 le restaurant de l’hôtel ouvre enfin. Je crève de faim et je me précipite sur le superbe buffet. Les autres rescapés de l’avion me rejoignent bientôt. Les croissants sont superbes (les meilleurs que j’ai mangé depuis mon arrivée en Afrique) et la nourriture n’a jamais semblé meilleure. Je déguste un solide petit déjeuner tout en admirant le lever du soleil sur Kigali. La vue est vraiment magnifique sur les collines. Philosophe, je me dis que toutes les aventures de la veille en valaient la peine, si ce n’est que pour profiter de ce matin imprévu à l’hôtel des Mille Collines.

Bien restaurés nous entreprendrons le vol vers Bujumbura (en avion canadien DASH-8) où j’espère bien retrouver mon chauffeur à l’aéroport. Mais la communication n’a pas été bonne, semble-t-il, car il n’y a personne à m’attendre. Heureusement un autre passager de notre vol attend son propre chauffeur et m’offre un « lift » jusqu’au bureau de IRC pas très loin de l’aéroport. J’y apprends que je ne pourrai rentrer à Bukavu que le lendemain, avec notre directeur national pour le Congo. Je ne pense qu’à me reposer après ce périple qui a duré plus de 24 heures. Je contacte un ami français qui m’offre généreusement l’hospitalité dans sa vaste demeure même si lui doit quitter immédiatement pour le terrain. Je n’en demande pas plus et je passerai le restant de la journée à l’horizontale… Le retour vers Bukavu, après une rapide baignade dans le lac Tanganyika (il faut bien profiter), se fait par la route et sans histoires le lendemain midi.
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